Florentino Calvo – Bruno Giner

« Caminos », les Chemins de l’Exil

Cycle de concerts-conférences-lectures-débats avec des œuvres spécialement composées en hommage aux migrants de tous les temps

 Il y a 80 ans, plus de 500 000 personnes quittèrent l’Espagne et franchirent les Pyrénées pour trouver asile et refuge sur le sol français (pour la plupart d’entre eux dans les camps d’internement situés sur les plages du Roussillon). Ouvriers, paysans, artistes, intellectuel, illustres ou anonymes, ils furent unis dans l’exil (la Retirada) comme ils le furent au sein de la République. Parce que la République Espagnole fut la source d’une politique culturelle, artistique et éducative audacieuse, ambitieuse et sans précédent, c’est donc aujourd’hui de création dont il est question : de naissance, de vie, de futur et d’espoir.

Florentino Calvo, mandoliniste, et la Fondation Kruger, haut lieu d’art et d’histoire, ont sollicité à cette occasion plusieurs compositeurs, Bruno Giner, Luís Naón,  Alexandros Markeas, 
Pierre Noack, José Manuel López, Gualtiero Dazzi qui ont tous un lien direct avec la Retirada ou avec l’exil pour proposer au public des Pyrénées Orientales et au-delà des moments de réflexion et de discussion autour d’un projet artistique qui exprime, mieux que la langue, les sentiments humains.

Des plages du Roussillon de 1939 aux plages de la Méditerranée d’aujourd’hui, « Caminos » interrogera chacun d’eux sur leur rapport à l’Exil, sur la relation entre les chemins de celui-ci et ceux de l’acte créateur, sur l’apport du brassage des populations et de la République Espagnole dans la richesse culturelle d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Leurs voix seront portées par les instruments à cordes pincées de Florentino Calvo. La mandoline, instrument populaire et facilement transportable a régulièrement accompagné les exilés espagnols. Très présente et en vogue au début du 20ième siècle au sein des orchestres à plectre, instrument des masses populaires, elle fut le vecteur et l’enjeu de « batailles » culturelles, sociales, politiques et idéologiques. Présente sur le pourtour du bassin méditerranéen (avec les instruments de la même famille des cordes pincées comme la Bandurria, le Bouzouki ou le Oud), elle incarne une « identité culturelle » méditerranéenne commune.

 Au-delà de l’aspect mémoriel et commémoratif, il s’agit donc de célébrer l’esprit et l’essence de cette République Espagnole dont la dimension universelle, inaltérable et résolument moderne nous est parvenue au gré des sentiers emprunté spar les exilés, et dont l’éclat ou la résonance continuent d’irradier, de tracer, d’interroger et d’inventer de nouveaux chemins pour l’avenir, bien au-delà des Pyrénées.

Une partie de ce cycle de huit pièces sera créé en Avril 2019 dans des lieux emblématiques des chemins de l’exil et en direction des scolaires sous une forme de Concert/Conférence/Rencontre avec la volonté d’investir des lieux et de toucher des publics nouveaux. Quelques œuvres de « Caminos » seront jouées à chaque étape, en présence des compositeurs. L’intégralité du cycle sera donnée à Perpignan en Février 2020. 

LES COMPOSITEURS

Luis Naon  – « Nómade – Móbil » pour mandoloncelle et électronique

Né à La Plata, en Argentine, en 1961. Fait des études musicales à l’Universidad Nacional de La Plata, Universidad Católica Argentina à Buenos Aires puis au CNSM de Paris avec Guy Reibel, Laurent Cuniot, Daniel Teruggi, Sergio Ortega et Horacio Vaggione. Depuis 1991, est professeur de Composition et Nouvelles Technologies du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Depuis celle que l’on peut considérer sa première œuvre, Final del Juego pour septuor et bande magnétique (créée au studio 105 de Radio France en 1983), il cherche à mettre en œuvre (à composer) cette relation dual, née de son expérience de la musique réalisée en studio et de sa double appartenance culturelle qui se font jour sous différentes formes. La thématique développée par Florentino Calvo autour de ce projet est centrée sur l’exil. L’exil peut être une punition (dans l’empire Romain les citoyen frappes d’Ostracisme devais quitter leur lieux habituel de vie) mais il peut également ouvrir un espace de tout les possibles. C’est cette vision là du départ (forcé ou volontaire) que j’ai voulu souligner dans Nomade-Mobile, qui, par son titre nous laisse entrevoir  la richesse des concomitances, rencontres et doublures. La partie électronique de la pièce, réalisé à partir de sons de oud et mandoloncelle, est une sorte de trace, découverte et inouï de celle de l’instrumentiste, protagoniste de l’exploit.

Gualtiero Dazzi  – « Caminante, no hay camino, sino estelas en la mar »  pour mandole ténor et électronique

Compositeur italien né à Milan. Élève de Paolo Arata et Angelo Paccagnini au conservatoire de Milan, Gualtiero Dazzi poursuit sa formation en informatique musicale, dramaturgie et analyse à Paris à partir de 1982. Il se perfectionne ensuite auprès de Franco Donatoni (Sienne, 1985, 1987), Luigi Nono (1989), Tristan Murail et Brian Ferneyhough (Royaumont 1991), Pascal Dusapin et Georges Aperghis (Acanthes 1994), mais reste en dehors de toute appartenance et parti-pris. Il compose pour une multiplicité de genres, instrumentaux et vocaux, musique de film, installations sonores, œuvres pédagogiques, et s’intéresse également à la vidéo et aux arts plastiques. La dramaturgie, les rapports texte/musique ont une place privilégiée dans sa musique, ainsi que les thèmes mythologiques et les langues minoritaires. L’Académie des beaux-arts lui a décerné le prix Florent Schmitt en 2009. Parmi ses œuvres Ailes déployées (1995), Klage (1998), Lumière brisée (2000), Le luthier de Venise (2004), Mosaïque (2009).

 « Caminante, no hay camino, sino estelas en la mar »  pour mandole ténor et électronique
Afin de répondre à la commande de la Fondation Kruger et d’inscrire cette oeuvre dans le projet « Caminos » : Chemins de l’Exil, initié par Florentino Calvo et Bruno Giner, j’ai proposé de composer une pièce qui cherche à traduire la longue marche des réfugiés de façon théâtrale.
Pour représenter la dimension solennelle et lancinante de la démarche des Caminantes, l’oeuvre se construit autour d’un unique processus d’accumulation. À une série d’accords joués de façon répétitive par la Mandole, se superposent progressivement, dans la bande, des répétitions aléatoires des mêmes accords jusqu’à ce que l’espace sonore en soit totalement rempli.

Bruno Giner  –  « Se hace camino » pour mandole ténor

 Compositeur français né à Perpignan. Bruno Giner entreprend des études musicales complètes qui le conduisent notamment à Toulouse et Barcelone, avant de rejoindre Paris où il travaille la composition électroacoustique et instrumentale auprès d’Ivo Malec, Luis de Pablo et Brian Ferneyhough. Sa musique peut se caractériser par son énergie associée à une certaine virtuosité. Particulièrement attentif à la morphologie du son, il manifeste également un grand intérêt pour la (les) forme(s). Récompensée par la Sacem qui lui décerne en 1998 le Prix Hervé Dugardin et par l’Académie des Beaux-Arts en 2014 (Prix Paul-Louis Weiller), son œuvre propose un large éventail de compositions : de la musique acousmatique (Moment(s), 1989 ; Fragments d’oublis, 1995), de la musique mixte (Ptyx II pour violon, cymbalum et bande, 1999), de la musique instrumentale (Études de peaux, cinq pièces pour percussions à peaux, 1995-2000 ;  Akkord pour orchestre à vent et percussions, 1992 ; Images de peaux pour percussion solo et quatuor de percussions, 1996 ; Concerto pour violoncelle, 2000 ; Charlie, fable musicale, 2007 ; Extra pour huit violoncelles, 2008, Ambos pour deux cors, 2013), Stèles orientées pour quintette à vent et orchestre, 2017) ainsi qu’un répertoire à vocation pédagogique. Par ailleurs, Bruno Giner est l’auteur de plusieurs ouvrages dont plusieurs sont dédiés aux musiques sous les régimes totalitaires (Allemagne, Espagne).

 … Se hace camino pour mandole ténor
Se hace camino pour Mandole (commande de la fondation Krüger, 2018)
Camino : le chemin. Les quelques mots du titre (empruntés au poète espagnol Antonio Machado) évoquent les chemins de l’exil, ceux de la Retirada de février 1939 lorsque 500 000 combattants républicains et antifascistes passent douloureusement la frontière des Pyrénées vers leur première terre d’exil : la France. Parqués dans des camps d’internement édifiés à la hâte sur les plages roussillonnaises, beaucoup continueront à se battre sur les différents fronts à venir. Cinq ans plus tard, les premiers chars de la division Leclerc qui entrent dans un Paris récemment libéré, portent le noms des grandes batailles d’une République assassinée par Franco et ses alliés allemands ou italiens : Guadalajara, Teruel, Brunete…
Composée pour le mandoliniste Florentino Calvo, cette courte pièce évoque cet exil, mais aussi d’autres exils, plus récents mais tout aussi douloureux : ceux d’hommes de femmes et d’enfants que l’on qualifie aujourd’hui de « migrants ». Plusieurs symboles et/ou gestes musicaux illustrent cette double vision de l’exil : la mémoire (sortes de compás et falsetas, percussions sur l’instrument – comme un cajón de flamenco, chanson républicaine sifflée, comme un souvenir dont le texte – non prononcé – commence par les mots suivants : Si tu veux m’écrire tu connais mon adresse…) mais aussi une sorte d’imitation (modale) du Oud, une évocation de la musique du Moyen-Orient, terre des nouveaux exilés d’aujourd’hui. La mandoline : instrument populaire par excellence, instrument que l’on retrouve dans tous les camps de réfugiés espagnols, instrument solitaire apte à évoquer la nostalgie de tout un peuple (les vaincus de la démocratie) mais aussi apte à émouvoir par des sonorités rauques ou au contraire cristallines et presque pures.

Pierre Noack « Apenas soy nada hasta que me miras » pour mandoloncelle et electronique

Né en Allemagne, Pierre Noack est un violoncelliste franco-allemand. Il a suivi des études musicales à Franckfurt et s’est perfectionné au violoncelle à Lübeck auprès de David Geringas. Il a ensuite intégré l’Orchestre de la Radio de Berlin, où il a commencé la composition. Il a suivi des stages de direction d’orchestre avec Igor Markevitch. Très lié aux Pyrénées-Orientales, il a résidé pendant quelques années à La Coume, fondée par ses grands-parents. A Mosset, il a été à l’origine de l’aventure de l’association Opéra Mosset, pour laquelle il a revisité plusieurs œuvres qui ont été mises en scène par Albert Heijdens. Il travaille actuellement en Catalogne.

La Fondation Kruger (La Coume, Mosset)
La Fondation Kruger est une association d’éducation populaire créée en 1972 qui a succédé à l’association « Centre Educatif à la Campagne » qui a lui-même succédé à une Auberge de Jeunesse, à un lieu d’accueil d’enfants réfugiés de la Guerre d’Espagne et de la 2ème Guerre Mondiale, le tout œuvre de réfugiés politiques allemands, Pitt et Yvès Krüger, qui avaient fui le nazisme dès octobre 1933 pour s’installer à Mosset.

Depuis lors, la Coume, et plus tard la Fondation Kruger, ont été centre d’accueil pour des enfants tibétains réfugiés, école pilote dans la mise en pratique de pédagogies innovantes, centre de vacances, lieu de formation, en particulier dans les domaines artistiques et culturels, et actuellement centre d’accueil de classes de découverte. La Fondation accueille depuis de nombreuses années les stages de mandoline de Florentino Calvo, lequel est venu à la Coume au départ par amitié avec le professeur Alberto Ponce. Des liens profonds d’amitié se sont tissés, et c’est pour la Fondation un honneur, une reconnaissance de son passé et un plaisir que d’avoir été choisie par Florentino Calvo comme porteuse de ce projet.

La Fondation Kruger (La Coume, Mosset)

La Fondation Kruger est une association d’éducation populaire créée en 1972 qui a succédé à l’association « Centre Educatif à la Campagne » qui a lui-même succédé à une Auberge de Jeunesse, à un lieu d’accueil d’enfants réfugiés de la Guerre d’Espagne et de la 2ème Guerre Mondiale, le tout œuvre de réfugiés politiques allemands, Pitt et Yvès Krüger, qui avaient fui le nazisme dès octobre 1933 pour s’installer à Mosset. Depuis lors, la Coume, et plus tard la Fondation Kruger, ont été centre d’accueil pour des enfants tibétains réfugiés, école pilote dans la mise en pratique de pédagogies innovantes, centre de vacances, lieu de formation, en particulier dans les domaines artistiques et culturels, et actuellement centre d’accueil de classes de découverte.
La Fondation accueille depuis de nombreuses années les stages de mandoline de Florentino Calvo, lequel est venu à la Coume au départ par amitié avec le professeur Alberto Ponce. Des liens profonds d’amitié se sont tissés, et c’est pour la Fondation un honneur, une reconnaissance de son passé et un plaisir que d’avoir été choisie par Florentino Calvo comme porteuse de ce projet.

Fermer le menu